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Nigeria

Le briefing Boko Haram : comment le renseignement nigérian de l'IPI parvint à Epstein

Entre novembre 2013 et juin 2014, l'International Peace Institute produisit du renseignement de terrain sur Boko Haram et la crise de la polio au Nigeria. Chaque rapport suivait le même chemin : bureau viennois de l'IPI, puis Terje Rød-Larsen, puis Jeffrey Epstein. Le document le plus détaillé avertissait d'une « simmering civil war » et prédisait une escalade significative de la violence dans le nord du Nigeria.

Le 5 novembre 2013, la chercheuse de l'IPI Nasra Hassan envoya un article du journal nigérian Vanguard à quatre collègues : Rød-Larsen, Andrea Pfanzelter, Walter Kemp et Mark Shaw. L'objet : "Bill Gates should not visit Nigeria." L'article rapportait qu'une coalition du nord du Nigeria, l'Arewa Coalition for Save The Child Initiative, avait demandé au président Goodluck Jonathan d'annuler la visite prévue de Gates. Dix agents de vaccination contre la polio avaient été abattus à Kano plus tôt dans l'année. Trois autres avaient été tués dans le Borno. Boko Haram revendiqua les deux attaques. La coalition avertit que "the intended publicity and fanfare that would be accorded the visit of Gates will endanger the lives of more polio workers in the North." Epstein transféra l'article depuis son Gmail personnel le jour même (EFTA01755599-0, vol00009-efta00974820-pdf-0).

Six semaines plus tard, Mark Shaw de l'IPI produisit une note de renseignement de deux pages sur le Nigeria. Il l'envoya à Pfanzelter le 16 décembre 2013 avec un commentaire : "here is the 2 pager of what we are hearing at multiple levels, will have lots more detail in January but this is a good summary I hope." Pfanzelter la transféra à Rød-Larsen le 18 décembre. Rød-Larsen la transféra à Epstein le 13 janvier 2014, avec la pièce jointe intitulée "Polio Prelim Findings doc." La chaîne prit quatre semaines. En avril, Michael Sarnitz de l'IPI avait préparé les versions finales des rapports sur les obstacles au Nigeria et en Somalie pour soumission à la Fondation Gates (EFTA01947451-2, EFTA01947451-1, EFTA01942482-0, vol00009-efta00990564-pdf-0).

Le document le plus détaillé arriva en juin 2014. Rød-Larsen transféra à Epstein une analyse en quatre sections de l'IPI intitulée "Talking Points Polio Nigeria." Elle s'ouvrait sur un correctif : l'enlèvement des filles de Chibok avait fait paraître Boko Haram comme une menace nouvelle, mais "this is a major misinterpretation." Le groupe était actif depuis des années. "2-300 people can be killed and it barely warrants a mention in the international press." Le briefing qualifiait le conflit de "simmering civil war" et avertissait que la répression militaire du gouvernement rendait Boko Haram "more provocative and flamboyant rather than less so." Il prédisait que la violence dans le nord du Nigeria allait "increase significantly" et que l'accès au nord était "already almost impossible." Sur la campagne antipolio en particulier, il avertissait que les fonds de Gates avaient "allowed local governments to misappropriate funds" et étaient "broadly seen to have fuelled a corrupt regime." Il déconseillait l'utilisation de l'armée pour distribuer les vaccins (vol00009-efta00717107-pdf-0).

La Fondation Gates finançait ces travaux. En juillet 2013, Melissa Covelli West de l'IPI avait demandé à Rød-Larsen de confirmer le périmètre de la subvention : "With 'area' you mean: (1) Pakistan and Afganistan, (2) Nigeria and (3) Somalia ? One million for each pr year over five years? So it will sum up to 15 mill over five years." Le même mois, Andrea Pfanzelter envoya à Epstein un modèle de subvention du bureau exécutif de la Fondation. Amy Carter, directrice adjointe des Family Interest Grants, avait programmé un appel le 5 août pour discuter de la proposition. La Fondation voulait que l'IPI fournisse "research, analysis and insights of the political environment" dans les zones de conflit et aide à "identify potential influencers/high-level contacts." Tout ce renseignement, financé par la Fondation Gates, acheminé par Rød-Larsen, atterrissait dans la boîte mail d'Epstein (vol00009-efta00678502-pdf-5, vol00009-efta00969185-pdf-3).

Les archives ne montrent pas Epstein agissant sur les briefings nigérians ni les transférant à quiconque. Ce qu'elles documentent, c'est le pipeline : chercheuse de terrain de l'IPI, bureau de Vienne, président de l'IPI, délinquant sexuel condamné. Huit emails en huit mois. Les talking points de juin 2014 prédisaient que la violence dans le nord du Nigeria allait augmenter significativement. Fin 2014, Boko Haram s'était emparé de Baga, tuant environ 2 000 civils.

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