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Les rapports de terrain sur la polio : ce que Nasra Hassan découvrit, et pourquoi Epstein les vit en premier

La Fondation Gates paya l'International Peace Institute pour étudier les obstacles à l'éradication de la polio au Nigeria, en Somalie, au Pakistan et en Afghanistan. La chercheuse de terrain de l'IPI, Nasra Hassan, documenta des équipes de vaccination fantômes, des enquêtes manipulées, des communautés utilisant les campagnes antipolio comme levier politique et des frappes de drones de la CIA faisant dérailler les négociations. Ses rapports, dont un marqué « plz pass on to Bill Gates, » transitaient par Terje Rød-Larsen vers Jeffrey Epstein.

En juillet 2013, la Fondation Bill et Melinda Gates définit ses attentes envers l'International Peace Institute. Melissa Covelli West, responsable de programme, résuma les objectifs : "Reduce number of inaccessible children to zero. Create safety for polio vaccinators/health workers and their security teams." L'IPI devait fournir "research, analysis and insights of the political environment in Afghanistan, Pakistan, Northern Nigeria, and Somalia" et aider à "identify potential influencers/high-level contacts that can move the work forward" (vol00009-efta00969185-pdf-3). En septembre, la Fondation avait engagé 1 million de dollars en soutien général et une subvention projet de 4 millions sur trois ans (EFTA01959363-1). Les rapports produits par l'IPI transitaient par Terje Rød-Larsen vers Jeffrey Epstein. Plusieurs ont survécu dans ses archives.

Le plus détaillé est un rapport de terrain de mai 2013 par Nasra Hassan, transféré par Rød-Larsen à Epstein. Hassan avait passé cinq jours à rencontrer des sources dans les zones tribales du FATA et à Islamabad. Sa conclusion : "religion-based refusal is a very small part of the problem; the rest is pressure tactics by not only the Taliban but also local communities; one-upmanship; poor follow-up & monitoring." Elle documenta des équipes de vaccination "fantômes" : "funds provided for 15 teams, but only 10 actually exist, ditto transport, fuel etc. In a vast area with no jobs, PC is a good regular income." Les enquêtes avaient été faussées. Les répondants "deliberately gave wrong info or provided answers which would please the sponsor." Des communautés sans eau potable ni électricité imposaient des interdictions locales aux équipes antipolio : "no PC until we get electricity" (vol00009-efta00657797-pdf-0).

Le rapport de Hassan cartographia comment différents groupes utilisaient l'éradication de la polio comme monnaie d'échange. L'interdiction talibane de la vaccination n'avait commencé qu'en juin 2012, des années après que les campagnes étaient déjà en difficulté. Des groupes criminels, des chefs locaux et des factions rivales bloquaient tous les équipes antipolio pour poursuivre des objectifs sans rapport, de la libération de prisonniers au contrôle de territoire. Même les chefs talibans "do try to acquire anti-polio drops for their own children." Les Émirats arabes unis étaient sur le point de signer une subvention de 110 millions de dollars sur trois ans couvrant toute l'éradication de la polio dans le FATA. Le financement n'était pas le problème (vol00009-efta00657797-pdf-0).

Trois semaines après le rapport de terrain, un drone de la CIA tua Wali ur Rahman, numéro deux des talibans pakistanais. Hassan écrivit à Rød-Larsen le 30 mai : "Unfortunately today's CIA droning to death of the Pak Taliban's No 2 (Wali ur Rahman) has complicated matters. He was a pragmatic voice, who opposed suicide attacks in Pakistan (though not in Afghanistan) and who believed in and was ready to negotiate with the 'new' Govt in Pak." Elle avait "working behind the scenes to get the 'new' Govt to include polio issues in their negotiations with TTP." La frappe mit fin à cette piste (EFTA01969802-0).

Le 26 février 2014, une agente antipolio fut abattue dans le district de Wardigley, à Mogadiscio. Hassan envoya le rapport à Rød-Larsen, Andrea Pfanzelter et Mark Shaw. "The popularity of such attacks is spreading, with Pakistan leading the pack," écrivit-elle. Elle référença un précédent : le responsable de district antipolio Osman Hussein Ibrahim avait été tué en 2010 par une balle perdue lors d'un programme national de vaccination (EFTA01931211-0). Rød-Larsen le transféra à Epstein le lendemain.

En février 2015, la violence avait escaladé. Hassan envoya à Rød-Larsen un rapport intitulé "Urgent, Confi, plz pass on to Bill Gates." À Zhob, au Baloutchistan, une équipe antipolio de trois agents et deux escortes paramilitaires avait disparu. Les forces pakistanaises lancèrent une opération de recherche de 250 personnes. Lors d'un échange de tirs, "two suicide bombers blew themselves up on Sunday 15 Feb pm, the 1st suicide bombing in connection with polio." Quatre corps furent retrouvés. Dans l'agence de Khyber, des hommes armés tirèrent sur un van transportant une équipe de vaccination, tuant le chauffeur. L'analyse de Hassan : "The police and/or Levies accompanying polio teams offer the right target & polio workers are collateral damage, sometimes in gunfire by the security forces" (vol00009-efta00864113-pdf-0).

L'instruction de Hassan était de transmettre le rapport à Bill Gates. Il alla à Rød-Larsen, qui le transféra à Epstein. Depuis décembre 2014, quand des militants avaient attaqué l'école publique de l'armée à Peshawar et tué 132 enfants, le gouvernement pakistanais pendait des membres du TTP et de groupes alliés. Hassan écrivit que "any chance of a dialogue with any of the militant groups cited above is, for the present, neither possible nor recommended." Le programme de renseignement antipolio de la Fondation Gates opérait en zone de guerre. Ses rapports de terrain classés transitaient par le compte Gmail d'un délinquant sexuel condamné avant d'atteindre quiconque à la Fondation.

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